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Vakaba Touré, le fondateur du royaume du Kabadougou

C'est lui le fondateur du royaume du Kabadougou, son nom Vakaba Touré. Au début du XXème siècle, il régnait sur 7500 ames reparties sur 41 villages et des centaines de hameaux. Il est intéressant de rappeler que le territoire a été une zone « du ôte-toi que je m'y mette » entre plusieurs occupants jusqu'en 1893.

Odienné est une création purement senoufo (XV ? XVI ?). Ces senoufos étaient organisés en plusieurs petits quartiers sans réelle structuration au niveau de la haute direction.

Vers la fin du XVIIème siècle, un petit groupe de musulmans originaire de Tombouctou fit le pèlerinage. Parmi eux, Moussa Barhayorho, Elhaji Diava et Youssoufou Kamagaté. Au retour de la Mecque, ils se dispersèrent dans la boucle du Niger. Moussa Barhayorho à Koro, et Youssoufou Kamagaté à Odienné. A son arrivée sur le site des Sénoufos, il fut rejoint par les Komara dirigé par MafréMory Komara. Il naitra entre d’une part, Kamaté et Komara islamisés et d’autre part Senoufo animistes une hostilité sans borne. Pour donc avoir la paix, Komara et Kamaté demanderont de l’aide à N’golo Diarra à Ségou. N’golo répondit en mettant à leur disposition les guerriers Diarrassouba aidés par les forgerons Bamba et Koné. Il serait quand même opportun d’indiquer que les Diarrassouba ont aussi bénéficié du soutien du chef de Massala, Massamba Kourouma. Les Diarrassouba mirent en déroute les Sénoufo jusque dans le Karandjandougou et espérant les avoir totalement repoussés, le chef guerrier des Diarrassouba s’écria « an gné ayi to ya té » ce qui signifie « laissons-les ainsi à ce niveau ». Un hameau naitre en ce lieu historique et portera le nom de Tôté dans l’actuelle sous-préfecture de Djibrosso. Ces évènements se seraient déroulés au début du XVIIIème siècle. Cette date est mise en doute par Derive et Dumestre (G.) dans le document Chronique des grandes familles d’Odienné. Pour eux, c’est plutôt à la fin du XVII Qu’eurent lieu les affrontements Senoufo-Diarrassouba. Bref une partie des Diarrassouba retourne à Ségou, et l’autre groupe décide de s’implanter à Odienné avec les Kamaté, les Komara et le troisième venu les Cissé. Ces quatre groupes forment la fédération Siguinani.

En 1826 apparut Vakaba Touré. Il soumit le Morioulédougou après avoir exécuté leur chef Morioulé Cissé pour ensuite affronter les redoutables Diarrassouba. La suite de la guerre aurait été plus compliquée pour Vakaba, si sa venue n’avait pas coïncidé avec des faits graves au sein de la famille royale Diarrassouba. Le fama des Diarrassouba venait de mourir et son frère Mossirigbè Mory choisi pour monter sur le trône était contesté. La famille Diarrassouba fissurée, Vakaba profita de l’ouverture pour déloger le Diarrassoubadougou. La légende veut aussi qu’une femme Cissé l’ait aidé en trahissant le clan et lui indiquant le check point le moins gardé des sentinelles Diarrassouba.

Ainsi naitra le Vakabadougou sur les cendres des Diarrassouba. Vakaba chassa le dernier groupe réfractaire de Diarrassouba. Ceux-ci se réfugièrent dans le canton ingrat du Nafana. Vakaba continua ses razzias dans le Bôdougou, le Niémédougou jusqu’à Bougouni. Puis l’on assistera à une situation d’accalmie. Il n’eut Plus de guerres, mais une véritable organisation.

Dès 1850, et contre toute attente, Vakaba reprend la guerre dans le Folo. Il fit exécuter le chef Sangaré Allassane. Ce fut ensuite la conquête vers le sud. Il mit au pas les Dyomandé de Barala. Ayant le vent en poupe, il s’attaqua aux Dosso dans le Borotou. Mais c’était mal connaitre les guerriers déterminés de Fina, associés aux rescapés Dyomandé (Yves Person). Cette expédition se solda par une défaite et Vakaba dut limiter son territoire à la frontière avec le Mahou.

Organisation du royaume :

Territoriale

Le Kabadougou s’étend alors de Kouroukôrô, limite avec le Mahou-worodougou jusqu’au-delà de Bougouni. Il signe un pacte de non-agression avec le Nonholo, tout en épargnant les Diaby de Samatiguila de ses razzias, puis opta pour une alliance amicale avec les Sylla de Tiémé. Nous aurions pu avoir une documentation plus approfondie sur le Kabadougou, hélas, René Caillé en partance pour Tombouctou est passé à côté de la ville, sans avoir foulé le sol d’Odienné. Binger reconnait n’avoir que des témoignages oraux.

Politique

Celui qui est sur le trône, c’est Vakaba Touré. Il procédera à une unité politico-territoriale appelée Djamana « Nation » Et jusqu’au rattachement d’Odienné à la colonie Côte d’Ivoire naissante, ses frères, puis ses enfants se succéderont sur le trône du Kabadougou Djamana. « Ses oreilles » étaient son frère Brahima et ses « yeux » son fils M’Fa Sanissi.

Chefs militaires et hommes de confiance.

Le premier, c’est son fils et ministre de la defense Sanissi Touré. Il nous a été rapporté au cours de nos recherches à Odienné que, c’est lui qui devait « normalement » hériter de Vakaba à la place de Ibrahim…Guerrier intrépide, N’Fa Sanissi soumit plusieurs hameaux réfractaires à l’Etat de son père. Viens ensuite, Vakossa Bamba dit le « Mahoka », Kéni Badjé Mory Diabaté l’alter égo de Vakaba au front, puis Kaba Koné dit « Kaba Kèssè ». A cause de sa rapidité au tir, Kabé Koné a reçu le surnom de « Kessé » cartouches. Il serait juste de compléter cette liste avec les noms de Cissé Broulay et Cissé Brema du Morioulédougou

Vakaba Touré fit 14 ans sur le trône. A sa mort en 1858, il fut remplacé par son frère Brahima Touré. Paradoxalement, aucun Kabla (fédération de plusieurs familles) d’Odienné ne porte le nom de Brahima le père, et un porte le nom de son fils Ma’boundu Mamery. C’est ce Ma’Boundu Mamery qui soufflait dans la corne du buffle pour annoncer le rassemblement signalant le départ pour le front. Le bout de phrase fétiche de Ma’boundu Mamery était « Djagassa » c’est à dire « les anéantir ou périr soi-même ». Et selon la légende, c’est de lui que viendrait le terme « Djagassa » cri de ralliement.

La tombe de Vakaba Touré, longtemps banalisée et maintenue dans une indifférence totale a enfin été restaurée. Elle se trouve en face du centre sociale, à 10m de la résidence familiale de « Petit Moussa » dans le prolongement de l’ex-super marché « CHEZ KAMAL »

Organisation sociale, griot, numu, pouvoir religieux, les dissensions à la mort de Vakaba, organisation environnementale avec les fameux fromagers, la colonisation…. On en parle plus tard, pour l’heure, allons voir ce qu’est devenue la mosquée 23 ans après notre dernière visite.

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