×

La résistance de peuple Baoulé

Guerrier N'Gban de sang royal, descendant de nanan Offin'Tê, fondateur de Kpouebo, Ya Djè s'est très vite engagé dans la résistance au colon français.

L’histoire de la résistance du peuple baoulé se confond avec celle de Ya Djè. Ce guerrier N’Gban de sang royal, descendant de nanan Offin’Tê, fondateur de Kpouebo, s’est très vite engagé dans la résistance, à la suite d’une série de mesures tyranniques prises par le colon, dans sa vaste stratégie de dérèglement de la structure sociale du royaume baoulé.

Un rituel à l’honneur du fétiche « protecteur » Djè

Les colons ayant arrêté et exécuté en prison, Blalè, croyaient naïvement que la résistance du peuple baoulé allait s’étouffer. Erreur. Dès 1904, à la tête d’une armée formée à la guérilla avec des armes plus mystiques (avant de se lancer au combat, les guerriers obéissaient préalablement à un rituel à l’honneur du fétiche « protecteur » Djè – le chef de guerre tire son nom, de cette divinité – qui était censé les protéger des balles ennemies) que physiques. En effet, leurs arcs, flèches et rares fusils de fabrication artisanale, n’avaient rien à voir avec les armes d’assaut des militaires du cercle de Toumodi.

Ya étant chez les Baoulé, un titre de civilité accordé aux aînés, équivalent au mounsieur chez les Français.

Certains combattants de Ya Djè donnent l’insomnie au gouverneur Henri Roberdeau

Pendant six ans, l’armée de Ya Djè (certains disaient Yao Djè, mais c’est bien Ya Djè, Ya étant chez les Baoulé, un titre de civilité accordé aux aînés, équivalent au monsieur chez les Français. Il était donc un homme très respecté), résiste farouchement à la pénétration française en pays baoulé, mais ne réussit pas à l’empêcher, l’ennemie étant beaucoup mieux équipé. Certains combattants de Ya Djè, iront bientôt soutenir la rébellion des Nananfouè (1902-1911) qui assiège le poste colonial militaire d’Aman Salèkro et donnent l’insomnie au gouverneur Henri Roberdeau, et surtout à l’administrateur régional de Yamoussoukro, Simon Maurice. Ce dernier avait pour mission, entre 1901 et 1905, de mâter la rébellion baoulé et il n’y est pas parvenu.

À Bouaké, un autre résistant du nom de Kotia Koffi

Pendant ce temps, à Bouaké, un autre résistant, du nom de Kotia Koffi forme un noyau de guerriers, pour s’opposer à la pénétration française, tandis qu’à Sakassou, le chef Kuamé Djè (ancêtre de Honoré Guié) lance une insurrection quand le colon veut bafouer la couronne royale.

L’arrivée en 1908 du jeune gouverneur colonial Gabriel Louis Angoulvant (il avait alors 36 ans), un pur produit de la colonisation (il avait été formé à l’Ecole coloniale – vous avez bien lu, c’est comme ça que ça s’appelait), qui, en dépit de son jeune âge, avait une forte expérience coloniale (il avait déjà été gouverneur intérimaire en Somalie, puis gouverneur dans les Indes françaises; constitue un tournant pour la résistance des peuples ivoiriens (révolte des Abouré, Abbey, Agba, N’Gban, Nananfouè, Krou, etc.) dans leur ensemble.

Je désire qu’il n’y ait désormais aucune hésitation sur la ligne poilique à suivre

220 résistants majoritairement baoulé arrêtés entre 1908 et 1912

Il a des méthodes violentes principalement basées sur l’assassinat militaire et les déportations. Dans ses mémoires, il écrit: « Je désire qu’il n’y ait désormais aucune hésitation sur la ligne politique à suivre. Cette ligne de conduite doit être uniforme pour toute la Colonie. Nous avons deux moyens de les mettre en pratique : ou attendre que notre influence et notre exemple agissent sur les populations qui nous sont confiées ; ou vouloir que la civilisation marche à grands pas, au prix d’une action… J’ai choisi le second procédé ».

Le second procédé n’est autre que l’épandage du sang et la violence. Entre 1908 et 1912, pas moins de 220 résistants majoritairement baoulé provenaient des trois cercles du Baoulé Sud, du N’Zi-Comoé et du Baoulé Nord, furent arrêtés, d’abord jetés dans la sinistre prison de Toumodi, où ils étaitent torturés et soumis aux travaux forcés, puis déportés, soit en Mauritanie, soit au Sénégal ou au Dahomey. Des chiffres obtenus grâce à Maurice Delafosse, un colon reconverti africaniste, suite à la rencontre en Côte d’Ivoire, d’une belle Ivoirienne. Le pouvoir de la femme…

En 1913, la résistance Baoulé prit définitivement fin

Ya Djè et plusieurs de ses lieutenants sont arrêtés à Kpouebo

Le 3 juin 1910, à la suite d’une longue course-poursuite, Ya Djè et plusieurs de ses lieutenants sont arrêtés à Kpouebo et immédiatement conduits au purgatoire de Toumodi. Peu avant la fin de l’année, il mourut à la suite d’atroces tortures. Le colon voulait, en effet, percer le mystère de ses pratiques mystiques, qui lui avaient permis de leur échapper à plusieurs reprises et de leur résister pendant six ans, faisant de lui, l’un des leaders de la résistance les plus intrépides de son époque.

D’autres résistants de moindre renommée prirent le relais mais n’arrivèrent pas à opposer une farouche résistance à la pénétration française. En 1913, la résistance baoulé prit définitivement fin. Le petit chef Akoué qui s’appellera plus tard Félix Houphouët-Boigny et qui prendra la tête de la lutte anti-coloniale, sous sa forme politique cette fois-ci, avait alors 8 ans…

Les derniers articles

  • Le Musée Charles A. Combes

    Un décor atypique... Au milieu des ronces et chiendents, gît le Musée Charles Alphonse Combes.…

  • Les Ehotilé ou Bétibé

    A travers les Sous-Préfectures d'Adiaké (Adiaké, Assomlan, Eplemlan, Etuessika, N'Galiwa, Mélékoukro, Adiaké-Kakoukro...) et d'Etuéboué (Abiaty,…

  • Le mariage Malinké

    Le mariage reste un événement central dans la reproduction des structures familiales en pays Malinké.…